Histoire du château de Reichenberg : Introduction

Au commencement du XIIIème siècle, vers 1205, Ferri 1er Duc de Lorraine avait acquis sur le versant alsacien des Vosges un domaine qu’on appelait Reichenberg, dans la vallée du Bergenbach entre Bergheim et Thannenkirch.

Il s’intéressait à ce domaine parce qu’on y exploitait depuis fort longtemps, peut-être même depuis l’époque des Romains, des mines d’argent. A cette époque ce minerai précieux comme l’or était très  recherché et le duc possédait déjà dans la région les mines d’argent de Ste Marie aux Mines et de Lièpvre.

En outre il était propriétaire de St Pilt, un village aujourd’hui appelé St Hippolyte et de nombreuses maisons, forêts et champs autour de Bergheim. IL cherchait donc à agrandir son territoire d’un intérêt majeur pour lui. De cette façon il pourrait plus facilement amortir, comme on le dirait aujourd’hui, un château fort auquel il donnerait le nom du monticule rocheux qui dominait les mines d’argent.

Il s’appelait donc Reichenberg – montagne de richesse en raison sans doute du minerai précieux qu’il recèle. C’est probablement la mine d’argent qui pourra expliquer le prix payé pour l’acquisition du château. C’est aussi ce minerai  précieux qui fera naître les légendes encore en vigueur qui parlent d’un trésor enfoui dans le château, de souterrains et de dames blanches qui fréquentent ces lieux fascinants.

Au XIIIème siècle on montrait sa puissance et sa richesse en construisant des châteaux forts. On y logeait sa famille, ses domestiques et quelques gens d’arme chargés de faire respecter les privilèges du propriétaire.
En Alsace du nord pendant que  la noblesse multipliait les châteaux, le clergé, qui recrutait d’ailleurs des cadres parmi l’aristocratie, construisait des églises, des couvents et des cathédrales dans toute l’Europe.

On peut donc dire à juste titre que le XIIIème siècle fut le siècle des constructeurs, des sculpteurs, des peintres et des artisans. Un siècle où la paix régnait tant bien que mal et où tous les arts fleurissaient. Les artistes et les poètes étaient recherchés et respectés. Les chefs d’œuvres qui nous restent encore en témoignent.

Malheureusement cette époque faste ne dura pas longtemps : des temps de malheurs, de misères et de souffrances vont s’enchaîner siècles après siècles. Au Reichenberg la construction de la forteresse est commencée et le Duc lègue le domaine à son fils cadet Philippe 1er qui meurt rapidement vers 1220. Son fils Philippe II lui succède et vers 1256 il termine la construction prévue par son Grand père à laquelle il rajoute quelques travaux supplémentaires.

En effet il laisse la forteresse à ses hommes d’arme et pour moins de promiscuité, construit en contrebas pour sa femme et ses enfants une résidence plus confortable autour d’un parc avec une cour d’honneur, des jardins et un étang de pêche.
Il prend le titre de Conte de Reichenberg et comme il est sympathique  et cultivé il devint dans la région un personnage d’importance. L’Empereur – Frédérique II de Souabe – le choisit comme « Lieutenant du Landgrave impérial de basse Alsace ». Il semble même qu’il lui attribua la même charge auprès du Landgrave de Haute Alsace.

Le Landgraviat était la charge judiciaire suprême qui s’exerçait sur toute la province en particulier c’est devant ce tribunal que les seigneurs les plus puissants pouvaient rendre des comptes à l’Empereur. Donc Philippe avait installé au Reichenberg son tribunal Landgravial. On l’imagine riche et beau, aimé de son épouse et de ses enfants qui menaient là des jours heureux. Sa situation était florissante et son autorité était grande. Il travaillait beaucoup et cherchait à être juste ce qui n’était pas facile à cette époque où tout le monde était le vassal d’un suzerain et lui devait respect et obéissance.

Le système donnait lieu bien sur à toutes sortes d’excès et d’injustices. Tellement d’ailleurs qu’il finit, après quelques siècles, tout de même par mourir de lui même. La noblesse en effet en use et en abuse tant et si bien qu’en 1789 la révolution explose et pendant la nuit du 4 août la noblesse est contrainte de signer l’abolition de ses privilèges.

Histoire au 13ème siècle du château de Reichenberg - Gérer des querelles

En attendant nous n’en sommes pas encore là mais nous verrons que l’histoire du Reichenberg comme l’histoire de l’Alsace se résume au détail près à partir du XIIIème siècle à d’éternelles querelles, guerres, pillages, coups fourrés et meurtres assorties de famines et d’épidémies. La vie n’est plus soutenable et la population va s’organiser petit à petit pour mettre sur la « touche » cette noblesse qui n’a pas d’autres activités que de se battre eux au détriment bien sur de sa population. 

C’est ainsi qu’en mars 1262 Philippe de Reichenberg eut à juger un conflit grave et important qui opposait les habitants de Strasbourg à l’évêque Walther de Geroldseck, dont la cruauté et la malhonnêteté est restée dans l’histoire. Courageusement Philippe a pris parti pour les Strasbourgeois et par sa décision il s’oppose à la plupart des membres de la noblesse à commencer par son « patron » le conte de Werd Landgrave de basse Alsace ainsi qu’à son propre fils Frédéric, chanoine et membre du chapitre de la cathédrale et à ce titre électeur de l’évêque.
Finalement ce conflit dégénère et pour la première fois des bourgeois et des artisans décident d’en découdre avec celui qui jusque là a tous les droits sur la population. Le 5 mars la bataille s’engage à Hausbergen. Le combat est désastreux pour l’évêque et ses alliés et Philippe qui prit sans doute part au combat aux cotés des Strasbourgeois et de Rodolphe de Habsbourg (le futur empereur qui lui aussi trouve excessifs les pratiques de Geroldseck) est blessé. Il meurt peu après sans laisser de testament.

A l’époque le droit d’aînesse n’était pas en vigueur et ses biens et sa fortune sont partagés entre ses quatre enfants. Frédéric le chanoine et sa sœur Elisabeth reçoivent des terres et des bois vers le Rhin, loin du Reichenberg tandis que les deux frères se partagent le château. L’aîné Philippe III, reçut la forteresse avec les terres en amont du Bergenbach. Il hérite également de la charge de lieutenant de Landgrave. Volmar, le plus jeune, reçoit le château de plaisance avec les terres en aval.

Ainsi qu’on pouvait s’y attendre, ce funeste partage ne donnera pour des siècles que guerres et querelles.
Les deux frères parvenaient encore à s’entendre mais Philippe III mourut jeune et son frère ne fut pas pour son oncle et plus tard pour son cousin (Volmar II comme son père) un voisin aussi commode que l’avait été son père. C’est ainsi que Volmar II malgré la vie agréable que sa famille et ses enfants menèrent au bas Reichenberg, comprend que sa situation au pied de la forteresse n’est pas tenable. A son corps défendant et malgré l’instance de ses enfants il se décide à se séparer de sa part du Reichenberg ; En 1307 l’occasion se présente et ce sont les Habsbourg en personne qui font l’offre. Le marché est vite conclu : les Habsbourg échangent à Volmar II le bas Reichenberg contre le Reimstein – un château bien armé, facile à défendre au pied de l’Ortenburg à l’entrée de la vallée de Ste Marie aux Mines au dessus de Châtenois.



Volmar garde pour ses deux filles célibataires Ita et Eta des biens à Weiller –petit bourg  entre Bergheim et le Reichenberg-, quelques manants hommes et femmes pour les servir, quelques terres et l’avouerie de l’Eglise « St Pierres » ou elles souhaitent avoir leur sépultures ; Elles meurent toutes les deux la même année de la peste noire sans doute après avoir légué leurs biens à la commune de Bergheim. Elles y sont sans doute enterrées mais  Weiller à totalement disparu à la suite de la guerre des Rustauds et de la guerre de trente ans de telle sorte qu’on ne connaît plus aujourd’hui l’emplacement exact du village, pas plus que celui de l’Eglise.

Il existe bien à environ quatre cent mètres à l’ouest du rempart de Bergheim sur la route de Thannenkirch, une vielle ferme en pierres et une grange noyées aujourd’hui parmi les maisons modernes du Faubourg St Pierre. Certains pensent que ces vieux bâtiments seraient les vestiges de ce hameau disparu. Deux de leur frères, Jean et Rudolf restèrent ainsi à Weiller près du Reichenberg. Ils se sont engagés chez les templiers.

En 1302 lorsque l’ordre des templiers fut supprimé ils sont sans doute exécutés à moins qu’ils ne terminent leur vie à Sélestat dans la maison de l’ordre de St Jean de Jérusalem. L’histoire ne le précise pas mais ce que l’on sait c’est que certains soirs Ita et Eta sont accompagnées dans leurs promenades par deux templiers beaux et jeunes dans leur cape blanche barrées de la croix rouge des templiers. Enfin Volmar lui, quitte le Reichenberg avec deux autres fils Hugues et Bruno et s’installe au Reimstein.

Dans le Haut Reichenberg Walter de Reichenberg est toujours là mais il n’a pas d’enfants et son suzerain le Duc de Lorraine récupère le château à sa mort pour le confier à Henri Waffler Seigneur d’Echery pour service rendu. Ainsi le Reichenberg est déjà sorti des mains de la famille qui en porte le nom et qui d’ailleurs s’étaient rapidement : Hugues les dernier du nom meurt sans enfants au Ramstein en 1361. Le partage du château est maintenant scellé les deux propriétaires, le Duc de Lorraine en Haut et les Habsbourg en Bas ne s’entendent pas. Leurs intérêts s’opposent et l’avenir du château ne va pas tarder à en pâtir. Le 5 octobre 1314 vente du Bas Reichenberg par les Habsbourg à Henri de Müllenheim.

Au début du XIIIème siècle un an après avoir acheté le Reichenberg les évènements tournent mal pour les Habsbourg et ils connaissent de graves difficultés : l’empereur Albert 1er de Habsbourg a été assassiné.

Henri VII de Luxembourg est élu empereur d’Allemagne. Il meurt très rapidement empoisonné pendant la messe en mangeant une Ostie, en prenant tout de même le temps d’accorder à la ville de Bergheim le droit de se fortifier. Cette autorisation rendait presque autonome la ville. Le Duc Louis de Bavière lui succède mais les Habsbourg évincés se reprennent et leur champion Frédéric le Bel, fils d’Albert 1er assassiné, se fait élire Empereur d’Allemagne. Il y a donc deux empereurs sur un même trône et bien évidemment la guerre éclate.

Un épisode de cette guerre nous intéresse pour l’histoire du Reichenberg. En effet Frédéric le Bel a besoin d’argent pour faire la guerre et il décide de vendre le bas Reichenberg ainsi que l’Orenbourg et Scherviller.
La vente se fait en 1314, l’acte est conservé aux archives départementales de Colmar. Il s’agit d’une « vente à réméré » ce qui veut dire que le vendeur se réserve la possibilité de revenir sur sa décision et de casser la vente pendant un certain temps fixé dans l’acte.
;L’acheteur est un riche Strasbourgeois, Henri de Müllenheim, chef de cette riche famille patricienne qui dispute aux Zorn la prééminence dans Strasbourg jusqu’à ce que les strasbourgeois las des guérillas que les deux familles se mènent dans les rues de la ville les chasse hors des remparts avec interdiction d’y revenir. Il verse comptant 3500 marcs d’argent (d’après Edmond Bapst cela correspondrait à 1 million de francs en 1928.. Dans un ouvrage publié en 1876 « Etudes économiques sur l’Alsace ancienne et moderne » - volume 1er, les monnaies- l’abbé Hanauer à calculé qu’au XIVème siècle le marc d’argent de Colmar (celui qui à dû être employé pour la vente du Reichenberg) équivalait à 61,75 Francs. La somme remise par Henri de Müllenheim aux ducs autrichiens équivalait donc à un peu plus de 30000 euros).

L’achat pour un tel prix d’un demi château et qui plus est mal fortifié au pied d’une forteresse qui le menace directement est difficile à comprendre. En fait la mère d’Henri de Müllenheim est née Marguerite de Reichenberg. Elle est la sœur de Volmar II qui a dû se séparer du bas Reichenberg. Elle a vécu là toute son enfance et sa jeunesse dans ce beau château confortable et garde de ses années des souvenirs heureux. Elle aime tellement cet endroit qu’Heur, en bon fils, va acheter le château pour le lui offrir. On verra par la suite que cette gentille intention lui causera bien des soucis dont il ne se serait pas sorti sans ses remarquables talents de diplomate. En effet la somme aussi considérable soit-elle ne suffisait pas aux Habsbourg pour mener pendant longtemps une guerre contre Louis de Bavière. Trois mois après avoir signé la vente Frédéric le Bel vend le réméré sans rembourser Henri de Müllenheim à l’évêque de Strasbourg Jean de Dirpheim pour une nouvelle somme de 3500 marcs d’argent. Il pousse l’arrogance jusqu’à écrire à Müllenheim « cher créancier » ; On peu trouver la lettre aux archives départementales de Strasbourg. Mais cette escroquerie n’est pas terminée : les habitants de Bergheim sont en effet terrorisés à la pensée que le Reichenberg va devenir la propriété d’un évêque de Strasbourg. Ils gardaient le souvenir de Walter de Geroldseck et préfèrent se taxer lourdement pour rembourser l’évêque et rendre gratuitement le Reichenberg aux Habsbourg. Ceux-ci dans l’opération pour le moins malhonnête ont gagné 7000 marcs d’argent tout en gardant leur bien.

Pendant ces tractations sordides Henri Walfer imagine que Müllenheim soit écœuré et désarçonné par ce coup qu’il vient de subir. Il en profite pour essayer de s’accaparer de la partie basse du Reichenberg et demande au Duc de Lorraine son suzerain de lui attribuer le profit de la vente du bas Reichenberg entre les Habsbourg et Müllenheim. Or cette vente bien qu’entachée d’irrégularités était tout de même signée par l’empereur en personne. Le Duc de Lorraine risquait donc un coup de force contre les Habsbourg au profit d’Henri Walfer son homme de paille dans le but de réunir les deux moitiés du château. Cet enjeu qui mettait aux prises le Duc de Lorraine et l’empereur d’Allemagne n’était évidemment pas limité aux intérêts de Walfer mais plutôt à l’avenir du Reichenberg et aux mines d’argent que le sous-sol du château cachait comme un trésor fabuleux. Ce trésor était sans doute le véritable enjeu de ces coups de force et des prix exorbitants qu’on s’échangeait autour de la propriété du Reichenberg.

Finalement après nombres menaces, tractations et missives diplomatiques Henri Waffler échoue totalement. Les deux parties du Reichenberg ne seront pas réunies et en 1331 il meurt en ne laissant qu’une héritière Suzanne mariée à Werner de Hattstatt. Celui-ci meurt à son tour très rapidement et Suzanne se console très vite car après moins d’un an de veuvage, elle épouse le maire de Mulhouse et quitte le Reichenberg sans demander son reste en abandonnant là quatre fils orphelins. On les surnomment « les damoiseaux de Bergheim ». Ils sont élevés au Reichenberg par des domestiques dévoués et ils y cohabitent sans querelles semble-t-il toute leur vie durant. Pendant ce temps Henri de Müllenheim finit par obtenir raison des prétentions du Duc de lorraine : Waffler est décédé et les Habsbourg signent une reconnaissance de propriété en bonne et due forme pour le bas Reichenberg au profit des Müllenheim. Celui-ci pour consacrer aux yeux de toute sa propriété adjoint à son nom celui de son château. Dorénavant il signera « Henri de Müllenheim de Reichenberg » et ses successeurs garderont ce nom pendant plusieurs générations.



Au Reichenberg une période de calme succède à ces années d’inquiétude. L’aîné des Damoiseaux épouse Dylie de Müllenheim et c’est la fête au château.
Henri meurt en 1336 quelques années après sa mère. Son fils, puis son petit fils Jean lui succèdent. Malgré quelques intrigues autour du domaine entre les Hattstatt, le duc de Lorraine ; les bourgeois de Bergheim et les Habsbourg qui éternellement cherchent de l’argent pour conserver leur trône, on peut dire que les temps sont calmes jusqu’en 1374. A cette époque en Lorraine régnait un duc batailleur et plein d’ambitions. Il avait pour servir ses projets, enrôlé une armée importante de brigands qu’il lui fallait occuper sans risque de voir ses mercenaires violer et étriper la population des villes où ils tenaient leurs garnisons.
Ayant donc cherché querelle et déclaré la guerre à tous ses voisins il lui fallait se lancer dans des expéditions plus lointaines. C’est ainsi qu’il eu parmi tous ses projets belliqueux, l’idée de mettre de l’ordre dans son duché et de faire rentrer dans ses propriétés tous les fiefs lorrains qui, prétendait-il, s’en étaient illégalement détachés. Or Bergheim était à son idée un fief purement lorrain.

Les bergheimois alertés essayèrent bien d’appeler les Habsbourg à leur secours mais ils comprirent bien vite qu’ils ne pouvaient compter que sur eux-mêmes pour se défendre. Le duc règle encore quelques comptes et dès le printemps de 1374 il part en campagne avec son armée au complet vers l’Alsace où il a à faire dit-il « une guerre de vengeance » aux Müllenheim et à la ville de Bergheim qui ont refusé les hommages dus par les vaisseaux à leurs suzerains.
En passant par le col de Sainte Marie aux mines il descend avec son armée la vallée de la Liepvrette dont une grande partie lui appartient, mit à sac Scherviller propriété  des Müllenheim et se dirige vers Bergheim en prenant bien soin d’épargner St Hippolyte qui lui appartient.  Mais il pille Rodern et incendie Rorschwihr avant d’arriver sur la côte du Grasberg en vue de Bergheim.
Là je pense que le Duc à tout de même eu un pincement de cœur en découvrant la ville avec sa double rangée de fossés, la contre escarpe et les puissants remparts hérissés de tours fortifiées. 



Pendant ce temps Jean de Müllenheim quitte le bas Reichenberg et prend le commandement de la défense de la Ville  à l’abri des puissants remparts avec les populations voisines de Rodern, de Rorschwihr et des environs en plus des Bergheimois. Il arme alors les hommes valides et organise la défense.

L’armée du Duc de Lorraine enivrée et assoiffée de sang se lance brutalement contre ces remparts qui les défient. La lutte est acharnée, une brèche est ouverte sur le flanc Est du rempart et la bataille se déchaîne à l’intérieur même de l’Eglise.
Les bergheimois résistent et le combat fait rage. Malgré tous ces assauts le Duc constate bientôt qu’il a perdu trop d’hommes pour conserver ses chances d’emporter la ville. Il se retire honteux de cette cuisante défaite et de rage, il ravage tous les environs et évidemment le château de Jean de Müllenheim qui l’a mis si rudement en échec. Le bas Reichenberg est incendié et ne sera jamais reconstruit. Quand à l’Eglise souillée par tant de sang, elle devra être re-consacrée.

Jean de Müllenheim de Reichenberg meurt en 1393 sans laisser d’enfants. Les affaires des Habsbourg vont mieux et le duc Frédéric le Bel que l’on surnomme „le Duc à la bourse vide“ trouve tout de même l’argent nécessaire pour payer une traite aux Müllenheim en paiement du bas Reichenberg et surtout les privilèges qui lui sont attachés.

A la suite de cet épisode et l’héroïque résistance de cette petite ville qui a battu le Duc de Lorraine en personne est largement reconnue par les Habsbourg qui en récompense lui accorde le droit de battre monnaie et le droit d’asile à ceux qui sont poursuivis par les justices seigneuriales voisines.
A ce privilège nous devons une anecdote restée célèbre : un jour un habitant de Rodern poursuivi pour être jugé par un tribunal local se réfugie à Bergheim et pour narguer ses poursuivants, fit faire un bas-relief le représentant franchissant le fossé. Il fait un pied de nez tout en montrant son postérieur à ses poursuivants. Placé au dessus de la porte haute de la ville ce bas relief fut l’origine du sobriquet grivois « lek me am morsch » dont on baptisa la tour.

Le bas relief resta en place jusqu’en février 1852 où il fut détruit à coups de marteau par un fou sans doute. En 2005 un habitant de Bergheim (Tarssisse Ederlé) fit cadeau à la ville de copie de ce bas-relief qu’il avait sculpté.

Ce droit d’asile resta en vigueur jusqu’en 1666 où il fut officiellement aboli par Louis XIV.

Quand aux Hattstatt, on les imagine terrés derrière les portes barricadées dans le Haut Reichenberg pendant ces combats et terrorisés en voyant sous leurs yeux l’incendie du château de leur voisin. Il faut dire que leur situation est précaire : vassaux du Duc de Lorraine, ils auraient dû lui prêter main forte mais d’autre part à Bergheim ils comptent tant d’intérêts qu’il leur est impossible de prendre part aux combats. Finalement ils s’en tirent bien sauf que dans la bagarre ils perdent les intérêts que lui rapporte le tribunal dont ils ont la propriété dans leur château  puisque les justiciables pourront désormais s’y soustraire en se réfugiant à Bergheim. Pour riposter ils s’arrogent un droit d’asile concurrent qu’ils accordent dans leur château à ceux qui fuient la justice Landgraviale.  Le Duc Léopold de Habsbourg, landgrave d’Alsace, furieux de cette effronterie somme les Hattstatt de cesser cette pratique et ajoute l’ordre de déguerpir de tous les biens que leur arrière grand père avait pris la liberté de s’accorder sur décision injuste rendue par le Duc de Lorraine.

Impressionnés par la colère du Duc, les Hattstatt rentrent dans leur coquille et font marche arrière. Tout de suite ils composent et font le sacrifice du droit d’asile. Mais le Duc Léopold ne démord pas et cette dispute virulente ne s’éteint que par la mort des principaux antagonistes: Le Duc Léopold et Werlin de Hattstatt à la bataille de Sempach en 1386 et au cours de laquelle ce jour là une grande partie de l’aristocratie Alsacienne mourut. Pour le Reichenberg en particulier cette bataille sonne le glas d’une lignée de Hattstatt et en particulier celle des Damoiseaux de Bergheim dont il ne reste plus que Frédéric de Hattstatt.

L’histoire cite encore deux fils Henri et Antoine qui cherchent à se défaire d’une charge perpétuelle de la famille au profit de l’Eglise de Bergheim. A ce propos on peu voir dans le cœur de l’Eglise une petite custode armoriée au blason des Hattstatt ainsi qu’une fresque dans le bas côté nord représentant un cavalier en arme, peut-être St Georges ? dont l’écu est frappé aux armes des Hattstatt.

Donc la lignée des Hattstatt s’éteint, la ville de Bergheim a pris petit à petit une telle indépendance que les droits dont les seigneur des environs et en particulier les Hattstatt pouvaient encore  posséder étaient devenus illusoires. Le Reichenberg n’intéresse plus guère et les héritier n’y habitent plus qu’occasionnellement.
Les dernières traces d’un Hattstatt habitant le château datent de la fin du XV siècle en 1469 : dans les archives de Bergheim un document prie le chevalier Hans Oswald de Hattstatt de bien vouloir apposer son seing sur une session faite à la municipalité. Sans savoir grand-chose sur cet homme on sait qu’il résidait au Reichenberg. Par suite sans doute de pillage et peut être d’incendie le Haut Reichenberg tombe peu à peu dans le délabrement suivant ainsi le même sort que le bas Reichenberg.

Histoire au 15ème siècle du château de Reichenberg

Revenons au début de ce siècle de misères ou les brigands font régner leurs lois et la population souffre. Les fortunes s’effondrent, les misères s’étalent, la faim et les épidémies de peste se succèdent. En 1435 le roi de France Charles VII s’est réconcilié avec le Duc de Bourgogne Philippe le Bon et bien que la guerre avec l’Angleterre batte son plein, beaucoup de mercenaires sont démobilisés.

Comme d’habitude ces hommes qui vivaient de la guerre n’ayant plus de solde ni d’occupations se livrent au brigandage. On les appelle « les écorcheurs » ou « les armagnacs » et vont faire régner la terreur dans toute l’Europe. Certains d’entre eux sont enrôlés par les seigneurs bandits. C’est ainsi qu’un comte de Salm associé avec les seigneurs de Bitche, de Lutzelstein et de Fleckenstein aussi brigands que lui se retrouvent aux abords de Bergheim attirés par la réputation d’opulence de la ville. Une fois encore les remparts résistent et les bergheimois se défendent courageusement. Sortant de leurs murailles ils engagent le combat contre les assaillants. La lutte est acharnée et les deux clans comptent des pertes sensibles cependant les assaillants sont contraints de lever le siège et le sire de Fleckenstein meurt dans le combat. Ce jour là le Reichenberg n’est pas défendu mais sa position et son accès difficile le sauvent encore une fois. Nous sommes en 1438 et l’année suivante il est encore épargné lorsqu’une nouvelle bande d’Armagnacs forte de seize mille hommes traverse l’Alsace mais n’ose pas s’attaquer à Bergheim. L’échec du comte de Salm est encore cuisant et le Reichenberg en profite.

Puis arrive l’armée de Charles VII. Le roi de France a des soucis avec son fils le futur Louis XI qui intrigue pour essayer de s’emparer du trône de son père. En même temps le roi a signé une trêve avec les anglais et évidemment se trouve pour le moins encombré d’une armée de mercenaires désœuvrés. L’occasion se présente et d’une pierre deux coups il envoie son armée à la tête de son fils qui a vingt ans à l’époque pour aller prêter main forte aux Habsbourg qui ne parviennent pas à mettre au pas les confédérés suisses. Les Habsbourg demandent un simple « coup de main » ; Charles VII leur envoi quatorze mille hommes dont plusieurs milliers de goujats, truands, soûlards  et ribaudes à la tête du Dauphin. Ils arrivent aux portes de Bâle et écrasent sous le nombre une troupe de mille six cent confédérés qui sans reculer se font tuer jusqu’au dernier. Leur courage fait une telle impression au Dauphin qu’il signe sur le champs sans même consulter ni son père, ni les Habsbourg, un traité de « bonne intelligence et de bonne amitié » avec les confédérés suisses.
L’hiver approche, le dauphin décide de prendre ses quartiers d’hiver avec son armée dans quatorze villes alsaciennes et avec son arrogance habituelle il attend que les Habsbourg acceptent de bon cœur ce service étant entendu bien sur que les mercenaires seront logés et nourris gratis par les municipalités. L’alsace est de nouveau envahie par ces nouveaux armagnacs qui s’y livrent aux pires extorsions tortures et atrocités sur la population. Ils incendient les maisons, les villages et les châteaux. A Ribeauvillé les Ribeaupierre parviennent à sauvegarder la ville et les environs. Bergheim et le Reichenberg en profitent. En fait il y a quatorze ans auparavant un seigneur de Ribeaupierre avait envoyé à Jeanne d’Arc un renfort de deux cent cavaliers pour chasser les Anglais. Les Ribeaupierre font valoir ce service au Roi de France qui enjoint son fils d’épargner les biens des Ribeaupierre. Celui-ci obéit et passe avec ses armagnacs à côté de Ribeauvillé, Bergheim et le Reichenberg sans y toucher. Il s’arrête devant Dambach-la-Ville qui résiste et espère être secourue. Le renfort n’arrive pas, beaucoup d’Armagnacs sont tués et le Dauphin est blessé au genou. Devant le nombre Dambach-la-Ville capitule et la population est massacrée. Le Dauphin pour sa part profite de l’occasion de sa blessure pour abandonner l’armée de son père et rentre en France pour reprendre ses intrigues habituelles. D’ailleurs deux ans plus tard ils se révoltent ouvertement contre son père qui a refusé de lui confier le moindre rôle dans le gouvernement du pays.

Le Dauphin revenu dans ses foyers, les armagnacs n’ont plus de chef et mettent le pays à feu et à sang mais les alsaciens s’aperçoivent vite que ces bandits sans un minimum de discipline sont incapables de s’organiser. Leur tenir tête devient possible. C’est ainsi que le 1er janvier 1445 les gens de Bergheim aidés par quelques volontaires de Ribeauvillé et des villages voisins partent en expédition pour délivrer St Hippolyte dont les Armagnacs se sont emparés. L’expédition est un plein succès : les Armagnacs pris par surprise sont incapables de se défendre efficacement et sont impitoyablement massacrés et St’ Hippolyte est libéré.
Enfin le roi de France est prévenu que l’Empire va déclarer la guerre aux Armagnacs pour donner fin à cette plaie qu’on ne peu plus supporter. Charles VII se rend compte que ses brigands sont issus des restes de son armée et que l’Europe souffre depuis bientôt cinquante ans des pillages sans limites de ces armées démobilisées. Le roi décide de rapatrier ces Armagnacs en en 1445 ils ont quitté l’Alsace. Une nouvelle période de relative tranquillité s’engage.

Pour le Reichenberg une nouvelle épisode se dessine : les Habsbourg comme à leur habitude cherchent de l’argent : Sigismond qui comme son père aurait pu s’appeler « le duc à la bourse vide » donne en gage pour 50000 florins au Duc de Bourgogne – Charles le Téméraire- la totalité des propriétés Alsaciennes des Habsbourg. Et le bas Reichenberg en ruine fait partie du gage. Le bailli bourguignon est si brutal et ses exactions si cruelles qu’à Brisach, un tribunal d’occasion l’emprisonne et le condamne à mort ; on lui coupe la tête ; Charles le Téméraire occupé par ses guerres n’a pas le loisir de venger son bailli et en tout état de cause il est assassiné à Nancy le 4 janvier 1477. Les Habsbourg profitent de l’occasion pour reprendre leur gage et donnent en fief le bas Reichenberg à Hermann Waldner de Freudstein en récompense de services rendus : il avait pris au nom et pour le compte de l’Empereur le gouvernement de la Haute Alsace à la mort du bailli bourguignon. On peut lire dans l’église des Dominicains de Guebwiller l’épitaphe de ce Waldner qui y fut enterré en 1484. Le bas Reichenberg ne l’intéresse pas puisqu’il est en ruine et qu’il est propriétaire d’autres châteaux dont celui de Soultz ; Par contre les terres qui dépendent du château ont assez de valeur pour que les Waldner les conservent jusqu’au XVIIème siècle, au moment de la guerre de 30 ans.
Pour la partie supérieure du Reichenberg les Hattstatt sont toujours en place bien que la lignée des damoiseaux de Bergheim se soit éteinte et que la branche des Hattstatt de Herlisheim leur ait succédée. Ils n’y résident plus et seules des dépendances sont habitées, la forteresse est mal entretenue et mal gardée.

Histoire du 16ème siècle à nos jours du château de Reichenberg

C’est dans cette situation qu’en 1525 éclate la guerre dite « des Rustauds ». Dans toute l’Alsace les paysans gagnés par la réforme se soulèvent contre les seigneurs et le clergé. La région de Bergheim est particulièrement secouée : Le Tempelhof et le village de Weiler sont complètement saccagés. Le haut Reichenberg, en l’absence de ses propriétaires, est pillé et incendié. Il ne sera plus restauré et pendant quatre siècles il tombe en ruine inexorablement. 

Cinquante ans après la guerre des Rustauds, en 1572, une moitié de la « vieille tour » s écroule et dans un rapport adressé à la « régence » qui administre les biens de Habsbourg en Alsace le rapporteur écrit en 1590 « le vieux château de Reichenberg est en plein délabrement » et l’effondrement de la dernière partie de la tour pourrait blesser ou tuer les gens qui passent au pied du rocher. La régence passe outre cet avertissement et répond que jusqu’à nouvel ordre il faut laisser les choses en l’état. On peu penser que pour la régence le Reichenberg avec les terres et les droits féodaux qui en dépendent garde malgré tout de la valeur. D’ailleurs les éternelles querelles entre les Habsbourg et le Duc de Lorraine se ravivent à propos du château à la mort sans héritier du dernier Hattstatt en 1585.
En effet normalement le Haut Reichenberg, en l’absence d’héritier mâle, devrait sans conteste revenir au duché de Lorraine mais la régences d’Ensisheim revendique le Haut Reichenberg comme relevant des Habsbourg. Comme d’habitude il y a conflit et le duc de Lorraine décide de prouver son autorité. En 1604 il confère en fief à un cousin des Hattstatt, Jean-Reinhard de Shauenbourg, l Haut Reichenberg et toutes les forêts, la cour colongère et l’avouerie de l’église de St Pierre à Wyler en ruine également. Schauenburg étant au mieux avec es Habsbourg le duc de Lorraine pensait que ceux-ci accepteraient sa décision. C’était méconnaître les Habsbourg qui par principe confèrent à un gentilhomme Souabe Christophe de Stadion les mêmes biens attribués par le duc à Schauenburg. Finalement la querelle s’éteint avec le renversement de l’Empereur par son frère qui reconnut comme seul propriétaire du Reichenberg Jean Reinhardt de Schauenburg. De cette façon les deux parties du Reichenberg sont enfin réunies mais en ruines. Shauenbourg en haut et Waldner en bas sont tous deux vaisseaux des Habsbourg et le duc de Lorraine n’a plus de droits sur ce domaine dont il ne reste plus grand-chose. Deux siècles et demi de querelles à peu près ininterrompues illustre jusqu’à la caricature les situations indémêlables issues des relations juridiques entre vaisseaux et seigneurs. Quand les deux rivaux habitent sur le même rocher la situation devient parfois explosive et invivable.

En 1618 un rapport adressé à la Régence d’Ensisheim décrit ainsi la situation du Reichenberg : Un vieux château en ruine sis au dessus du Tempelhof et de St Pierre forme une localité dans laquelle il reste encore deux bâtiments qui sont encore debout et dont un est habité.
L’état d’abandon du Reichenberg est tel que les bruits courent que les sorcières ont pris l’habitude de se réunir dans cet endroit écarté. Elle y célèbrent leur sabbat et y machinent leurs maléfices. Le tribunal de Bergheim s’empare de ces rumeurs et dans l’obscurentisme de l’époque 25 procès de sorcellerie se déroulent entre 1583 et 1630. Ainsi ces malheureuses femmes poursuivies par la malveillance populaire sont torturées et brûlées vives sur le Grassberg, colline en face du Reichenberg.

Actuellement des habitants de Bergheim aidés par la municipalité et le conseil général ont entrepris de réhabiliter la mémoire de ces femmes et de créer un musée fort intéressant qui explique et illustre l’état d’esprit de cette sombre époque de  misère, d’épidémies, de guerre et ou la grande peur régnait à tout propos dans les superstitions les plus honteuses.
Et malgré cela le fond de la misère la plus sordide n’était pas encore atteint la guerre de 30 ans avait débuté depuis 1620 et s’était transformée en guerre de religion entre les Catholiques et les Protestants. Rapidement cette guerre se développe au niveau européen. Les 14 premières années de cette guerre laissent la région de Bergheim relativement indemne et les aventuriers comme Ernest de Mansfeld pillent comme d’habitude les environs sans toucher à la ville défendue par ses remparts.
Malheureusement les Impériaux protestants arrivent en force car la Suède est entrée en guerre et le général de Horn qui commande se jette sur l’Alsace, traverse sans résistance et en quelques jours atteint Benfeld qui s’était retranché sous les ordres du Baron Jean-Louis Zorn de Bulach. Pendant 40 jours il bloque l’invasion suédoise contre la haute Alsace et résiste au siège. Son descendant Stanislas Zorn de Bulach m’a raconté que pendant le siège le général de Horn avait établit son camp à Osthouse dans leur château et la femme de Jean-Louis en prière passa les quarante jours du siège à s’occuper, pour résister aux avance du général suédois, à broder les tapisseries de la salle à manger encore en place aujourd’hui. A part cette anecdote amusante Benfeld capitule et les suédois exterminent la population avant d’avant d’avancer vers le sud. Personne n’avait encore imaginé la cruauté des suédois, l’alsace est en feu et en sang. C’est l’anéantissement total et tandis que Sélestat tente de résister les lieutenant de Gustave attaquent et pillent les villes moins importantes des environs. C’est ainsi qu’à Bergheim le 15 novembre 1632 les détachements suédois commandés par Othon Louis de Salm arrivent devant la ville. Les suédois somment les habitants d’ouvrir immédiatement les portes. (ils comptent deux compagnies à pied et trois compagnies à cheval, ce qui représente déjà une petite armée mais en plus ils ont 7 pièces d’artillerie). Les remparts de Bergheim commencent à dater, leur conception se démode et l’artillerie à fait de gros progrès si bien que les bergheimois pensent à juste titre qu’ils ne s’en sortiront pas indemne cette fois-ci. Bref malgré leur courage souvent reconnu la situation de la ville semble prise de court. A peine une centaine de mercenaires de toutes provenances envoyés par le Régence d’Ensisheim défendent la ville. Ils sont commandés par un officier d’occasion connu sous le nom de Lieutenant Paul Pantaléon sans doute d’origine italienne. Dans ces conditions une résistance sérieuse n’est pas possible et les Bergheimois livrent la ville aux suédois qui récupèrent immédiatement dans leur troupes les cent mercenaires, épargnant Pantaléon et se livrant, comme on l’imagine, au pillage brutal des maisons. Ils assassinent la population et peu en survivent. Quelques-uns se sont enfuis pour se cacher dans la foret mais maladies et famines en viennent à bout. Un texte dans les archives de Bergheim donne un idées du massacre : une grande partie des maisons est en ruine, une vingtaine d’hommes survivent sur trois cent inscrits dans les deux corporations des artisans et des vignerons.

Les villages de Rodern et Rorschwihr ne sont pas épargnés et Weiler (Saint Pierre) déjà mal traité par les rustauds est rasé par le feu. Le Tempelhof et le Reichenberg sont pillés et ce qu’il en restait des guerres précédentes est incendié.
Le cauchemar épouvantable que vécu l’Alsace pendant cette guerre est difficile à imaginer et dans la mémoire populaire le souvenir se perpétue encore aujourd’hui. Trois siècles plus tard Hansi raconte dans son livre « Histoire d’Alsace racontée aux petits enfants » que les mamans menacent les petits enfants qui crient trop fort de faire venir les « Schweds ».

Cette situation de conflit permanent à découragé les propriétaires d’autant que les mines d’argent ne sont plus exploitées. Il est certain que depuis deux siècles Seigneurs et Paysans souffrent de famines, de guerres et d’épidémies, l’exploitation d’une mine et l’organisation des corvées obligatoires n’est plus possible. D’autre part la population exploitée à outrance par les propriétaires a compris que pour survivre elle ne pouvait rien attendre des Seigneurs et qu’il lui fallait elle m^me organiser sa défense. C’est ainsi que les villes et Bergheim en particulier achètent leur liberté en payant les rançons et en prêtant de l’argent aux Seigneurs occupés à leurs éternelles querelles. Petit à petit ceux-ci ont de moins en moins d’autorité sur les bourgeois réunis au sein des corporations devenues riches et puissantes.
Les Müllenheim ne reconstruiront pas le Bas Reichenberg. De ce château il ne reste plus aucune trace aujourd’hui. Et la forteresse au sommet du rocher va traverser les siècles et résister tant bien que mal aux guerres qui se succèdent. Les Hattstatt y vivent jusqu’au début du XVème siècle puis le château n’est plus habité et il est pillé et incendié en même temps que le Tempelhof, commanderie de l’ordre de St Jean, voisine du Reichenberg, pendant la guerre des Rustauds en 1572. En 1585, meurt Claus, dernier descendant mâle des Hattstatt, le Duc de Lorraine donne le Reichenberg à Reinhardt de Schauenburg. Aussitôt les Habsbourg ripostent et le donnent en fief à Christophe de Stadion. En tout état de cause , le château n’est plus habitable et lorsqu’en 1618 éclate la guerre de Trente ans, seulement les dépendances sont encore occupées. Le 15 novembre 1632, Bergheim tombe aux mains des Suédois qui rasent le village de St Pierre entre Bergheim et le Reichenberg dont ils incendient les dépendances. En 1634, le Reichenberg est confisqué aux Schauenburg catholiques pour être attribué au Comte protestant Guillaume de Nassau, jusqu’à ce que Louis XIII déclare Charles de St Maur, Seigneur de Bergheim et du Reichenberg. Ce dernier devient bientôt gouverneur du dauphin : il vit à la cour de Versailles et prend le titre de Marquis puis Duc de Montausier. Le Reichenberg et Bergheim ne l’intéressent plus ; Il vend ses biens alsaciens en 1679 au prince Palatin, Christian II, Duc de Birkenfeld, marié à Catherine de Ribeaupierre, dernière descendante de cette famille. Puis la guerre de ligue d’Augsbourg éclate en 1688 ; Le Duc de Birkenfeld, Colonel du Régiment Royal Alsace doit faire face à ses obligations de propriétaire du Régiment. Il donne en gage Bergheim et le Reichenberg au Baron de Biberach qui lui avance de l’argent. Trente ans plus tard, son fils rembourse la dette et réunit à nouveau Bergheim et le Reichenberg à la seigneurie de Ribeaupierre. Une gravure de Grandidier montre au sud du château une tour qu’il aurait fait construire pour rendre la ruine habitable. En 1731, par héritage il devient Duc de Deux Ponts et se retire dans son duché confiant le sort du Reichenberg à un intendant qui, sans scrupules et sans protestations, semble-t-il, du propriétaire, se livre à son démantèlement.

Au temps de la Révolution le Reichenberg est vendu comme bien national à un habitant de
Les bâtiments en ruines ne présentent plus d’intérêts, la végétation les a envahis et le monticule se morcelle au gré des ventes et des successions. Le Reichenberg semble définitivement oublié et abandonné et les vues qu’en donne Rothmuller en 1832 montrent que le donjon lui aussi s’est écroulé. L’art militaire a évolué en même temps que l’armement s’est transformé et la révolution à aboli les privilèges la noblesse.



 

En 1920 Edmond Bapst, Ambassadeur de France, achète le château à un membre de la famille de Pange qui s’y était installé à la fin de la première guerre mondiale. Diplômé de l’école des Chartes, il choisit la voie diplomatique et fut notamment en poste en Egypte, en Chine et à Constantinople. C’est dans la capitale de l’empire ottoman qu’il rencontra sa femme, Gabrielle Evain Pavé de Vendeuvre.
Durant la première guerre mondiale, Edmond Bapst fut ambassadeur au Danemark, pays neutre qui occupait une position stratégique essentielle entre les deux systèmes d’alliances alors aux prises. Il termina sa carrière comme ambassadeur de France au Japon. Son amour de l’Alsace et son goût très vif pour la langue et la culture germanique expliquent sa décision de venir habiter ici après son départ à la retraite avec sa fille Nicole.

Edmond Bapst était l’héritier d’une longue dynastie de joailliers parisiens d’origine allemande qui travailla à la fin du XVIII ème siècle et durant le XIX ème siècle pour les familles régnantes successives. Avec son architecte Riegert, il construit deux escaliers d’entrée, installe l’eau courante à tous les étages ainsi que  le chauffage central. On dit qu’en hiver il avait une personne chargée d’alimenter la chaudière qui brûlait 1 tonne de charbon par jour.

C’est dans le cadre néo-médiéval de cette maison, édifiée par plusieurs propriétaires successifs sur les ruines d’un château fort, qu’il écrivit quelques ouvrages historiques consacrés en particulier au phénomènes de la sorcellerie en Alsace au XVII ème siècle, ainsi qu’à l’énigme de Kaspar Hauser. Il écrit aussi « Histoire du Reichenberg » et « Les sorcières de Bergheim » dont il chercha les sources entre autre dans les archives de Bergheim.

Pendant la deuxième guerre mondiale sa fille Nicole, épouse de Philippe Cognacq,  un officier pilote de l’armée de l’air est contrainte de quitter le Reichenberg. Comme toute l’Alsace, la propriété subit les rigueurs de l’occupation nazie. Elle fut en effet transformée en centre de vacances pour les jeunesses hitlériennes.
A la libération le château était en piteux état et l’essentiel du mobilier avait disparu. Un obus américain avait détruit la petite maison située au pied du Reichenberg et construite par Monsieur Ehret et un autre avait sérieusement endommagé la toiture d’entre les deux tours principales du château.

Ce fut à Nicole–Bapst d’assumer la lourde charge de remettre en état le Reichenberg à nouveau victime de la guerre. Le Reichenberg redevint résidence d’été à partir de 1945.

Depuis 1969, Patrick Cognacq, nommé architecte départemental du Haut-Rhin, et son épouse Jeanne Garrone décident d’en faire leur résidence principale et s’y établissent avec leur famille. Ils se consacrent avec énergie au maintien de cette propriété chargée d’histoire qu’ils font notamment inscrire à l’inventaire supplémentaire des sites. Ils y plantent des vignes pour assurer un revenu annuel et entretenir les toits du château.

Depuis 2001 une nouvelle génération, Martin et Benoît Cognacq, prend petit à petit la lourde charge d’ajouter un autre maillon à la destinée du Reichenberg qui atteint aujourd’hui l’age respectable de sept siècle et demi.